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Rien que des petits bonheurs
Et puisque l’heure est aux naufrages,autant chavirer dans une mare aux petits bonheurs. Voilà l’ambition de la galerie : offrir à chacun, petits et grands, l’émerveillement que procurent l’inattendu, le surprenant et la folie minuscule à partir d’autant d’univers faits mains, ingénieux à leur tour dans leur incarnation. Automates, sculptures en mouvement, dessins, bijoux et objets, parfois même et pourquoi pas, fonctionnels, ils sont uniques et prêts à jouer avec vous pourvu que vous leur prêtiez vie. Je les ai cherché longtemps et ce depuis 1990, souvent dans ce Royaume Uni que j’aime en visitant les ateliers et les expositions qui de fil en aiguille ont grossi ma famille de complices. Et ce n’est qu’un début….
Quand j’ai ouvert l’Automatesgalerie en décembre 2008, j’ai réuni 17 des plus pétillants créateurs d’automates anglais, belges, français, colombiens ou encore californiens. Avec eux, j’ai re-découvert la magie du vol des insectes et des oiseaux, j’ai surfé sur l’océan, rencontré des chiens et des poissons volants, des histoires d’amour, des loups en robe longue, des cochons cochers… D’où l’idée d’étendre le champ de ces histoires en invitant aussi des créateurs sculpteurs, céramistes, horlogers, tailleurs et découpeurs, soudeurs et assembleurs qui, depuis la plus petite dimension jusqu’aux installations cathédrales, ont tous le cœur léger des navigateurs du rêve.
Autour d’une seule thématique, le bestiaire, l’aventure s’enrichit donc avec des artistes que j’ai parfois rencontré il y a près de vingt ans, perdu de vue puis retrouvé plus que jamais poètes. Chacune des œuvres a une histoire à raconter mais ce sera à vous d’en dénouer l’intrigue. Soit en actionnant un levier, une manivelle, en en faisant le tour, en la prenant dans la main, entre les doigts, en la contournant ou en la caressant des yeux. Elles sont de bois flottés, de métal ancien, de billes de verre, d’objets trouvés et détournés, de matières nobles et d’autres non. Elles sont assemblées, soudées, peintes, cuites et recuites, riches de savoir faire patient, attentif, souvent à contre-courant. Dans la mare aux petits bonheurs, on ne se noie pas. On prend seulement le temps de sourire.
Programme 2010-2011
Animals 2 : 25 juin – 21 août 2010
Si James Chedburn nous vient de Malaisie, c’est à Londres et à Paris qu’il travaille depuis les années 1990. Son matériau: le fil de cuivre. Enroulé, courbé, entremêlé à la manière de tracés, il construit peu à peu, non pas un squelette mais la surface et le volume d’un animal. La peau sera de terre mais çà et là déposée. Reste à l’éléphant, au rhinocéros ou à l’oiseau pêcheur à établir un lien avec un moteur ou un mécanisme discret qui, actionné par un petite manivelle surgissant souvent d’un coffret de récupération va lui donner vie.
Len Shelley (UK) aime raconter des histoires des plus curieuses qu’il met en boîte et sous verre, le tout souvent accompagné d’une petite sentence, phrase empruntée aux mythes populaires ou trouvés et retenus dans le journal du jour. Ce sont souvent des histoires de famille. Du moins, on le devine. Il y a là le père ou la mère, la grande sœur peut-être et le petit qui écoute ou fait une grosse bêtise. Cela se passe à la campagne près de la mer avec arbres et galets, cabanes de bois et arbres en fleurs. Les héros ont des têtes de poisson, de cochons, d’autres des becs d’oiseau mais leur corps, lui, ressemble à ceux des petits hommes. Depuis peu, il dessine aussi d’étranges animaux sur des cartes de géographie. Le monde est-il en danger ?
Les théières de Jola Spitkowska (UK) ont l’allure de théières mais sont des sculptures réalisées en raku, la technique séculaire et japonaise. En observant avec tendresse un ouvre-boîte, des pinces à linge, une vieille bouilloire de camping… en les dessinant, l’artiste en accentue l’âme animale et découvre un tapir, un chien, peut-être même une souris avec un bec verseur à la place du museau. Après, le travail de modelage commence puis la cuisson….
Valentino à Milan, Bersdorf Goodman et Neiman Marcus aux Etats-Unis ont déjà acheté les broches, bracelets et autres pendentifs de Susan Horth (UK). Inspirée par le monde animal, du papillon au chien-roi en passant par la salamandre, elle fait danser le fil métallique qui s’étire, se replie, se noue et tresse des silhouettes aussitôt animées par l’enfilage des pierres semi-précieuses. Les couleurs piègent les reflets et dispersent les éclats entre torsades et fleurs épanouies.
Animals 3 : 9 septembre – 20 octobre 2010
Sur son passeport, Robert Race (UK) annonce « fabricant de jouets ». Mais ce n’en sont pas. Ou peut-être. Robert Race est d’abord un marcheur. Le long des plages d’Angleterre, il part en chasse de bois, branches, objets rejetés par la mer. Voilà sa palette. Commence alors l’aventure. Avec ces petits riens qu’il sculpte, ponce et peint à l’occasion, se construisent des histoires nomades. Sur une pirogue, cinq oiseaux ont pris place et le rameur est un indien emplumé. Un pélican tournoie autour d’un rocher de bois. Le clin d’œil est de mise dans ce monde d’automates tranquilles.
Claire Kirkpatrick (B) aime les méchants loups et comme elle connaît l’histoire de la mère-grand, elle les pare d’un bel habit rouge. Les voilà dressés, museau à l’affût. Les voilà qui prennent une attitude d’homme et que leur corps se fait oiseau. Elle aime aussi les renards et de même les corbeaux. Elle sait aussi que rien ne leur convient mieux que la céramique, parfois le bronze. Parfois aussi, elle les pose, délicatement, sur le ventre rond de vases en porcelaine.
Jacques Jauniaux (B) travaille le bronze à la manière africaine de la cire perdue: en plein. Ses héros sont lourds de toute une énergie concentrée. Ricanant, parfois grossiers, toujours drôles, ils flirtent avec l’expressionnisme et se détournent du beau lissé. Non, ce qu’ils aiment, c’est le mouvement. Ils se hanchent, se détournent, se plient, se cambrent, tous muscles dehors, toutes dents dressées. Ses bijoux en sont l’écho fidèle.
Animals 4 : 19 novembre – 30 janvier 2011
C’est aux marchés aux puces que Nedko Zhechev (Bulgarie) cherche à croiser le regard d’objets qui l’attendent. Des objets, c’est-à-dire pour chacun, une histoire, une fonction, une forme et une matière usée, blessée ou simplement vieillie comme le bon vin. Dans son atelier, il devient un peu le Pepito du conte de Pinocchio. Il va leur donner vie comme on le ferait avec une marionnette. En assemblant les divers objets ou fragments d’objets, naît une histoire inattendue qu’induit, mais sans forcer, la rigoureuse construction du « personnage ». Son regard d’esthète fait le reste en associant avec noblesse le bois et le métal, l’éventail de papier et le cadran d’un vieux réveil.
Chaque jour, Laurance Simon (France-UK) travaille l’argile blanche et rouge. Elle a des yeux au bout des doigts et des lèvres tout en sourires. Voilà un cochon en escarpins rouges, trois porte bougies plantés comme des arbres fleurs entre lesquels dansent de petits singes roses, un autre aussi monumentalqu’un arbre de vie, un autre encore en forme de cactus mexicain, un tapir facétieux sur une bonbonnière bleu pâle… Tout un petit monde qui fait même une halte dans la très sérieuse collection du Victoria and Albert Museum de Londres.
Tom Hill (UK-USA) observe inlassablement les oiseaux, les insectes, d’autres animaux encore qui vivent auprès de lui, à San Francisco où il vit, travaille, expose depuis plus de dix ans. L’Océan est vaste et plein de cette vie en mouvement qu’il aime dessiner. Plus tard, avec du fil et des plaques d’acier et de cuivre sur lesquels parfois, se couchent les couleurs d’émaux, il recrée le monde animalier. Le trouble vient de cette proximité entre le modèle et la sculpture,une espèce de compréhension profonde.
Le monde de Carol Mather (UK) est fait de broches et de pendentifs, de mini-sculptures aussi qui se porte au cou, au bras ou rejoignent un socle, une niche, un lieu gardé secret. L’argent patiné leur convient. Précieux, précis, doux et chaud à la fois. Vivent en tous ces endroits cochons, chats, vaches et lapins, renards, écureuil et souris, mouflons et dromadaires. Y vivent aussi toutes sortes de chiens, des lévriers, dalmatiens, épagneuls, labradors, Jack Russel et Chihuahuas. Parfois, ils choisissent un socle digne de leur délicatesse. Ce sera une boîte en thuya veiné lisse et flammé.
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